AUTEUR : (REUTERS)
Les seize co-accusés de Pierre Bodein, qui ont été acquittés il y a deux semaines par la cour d’assises du Bas-Rhin, ne seront pas rejugés, le parquet général ayant renoncé à faire appel.
COLMAR, Bas-Rhin -
« J’ai décidé de ne pas relever appel », a déclaré mardi le procureur général de la cour d’appel de Colmar, Bernard Legras, à qui revenait cette prérogative.
Pierre Bodein a été condamné le 11 juillet à la réclusion criminelle à perpétuité dont trente années incompressibles, soit la peine la plus lourde existant en droit français. Il a fait appel, suivi « pour le principe » par le parquet et sera donc rejugé seul dans un délai d’un an.
Les jurés ont déclaré ce repris de justice de 59 ans coupable d’avoir tué et éventré Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, Julie Scharsch, 14 ans, et Hedwige Vallée, 38 ans, après avoir violé les deux premières au mois de juin 2004 en Alsace.
Ils ont en revanche estimé les charges insuffisantes concernant ses co-accusés, des nomades sédentarisés à la personnalité fruste, soupçonnés d’avoir participé au meurtre de Jeanne-Marie, sur la foi de témoignages d’enfants et d’aveux contradictoires et fantaisistes.
L’avocat général avait requis des peines de 10 à 30 ans de réclusion contre cinq d’entre eux, et trois ans à cinq ans d’emprisonnement contre les onze autres.
Le procureur général, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse, a précisé que sa décision avait été prise à l’issue d’une « vaste concertation » avec les magistrats du parquet et la partie civile et qu’elle était « consensuelle ».
Il a laissé entendre que les parents de Jeanne-Marie Kegelin, qui souhaitent tourner la page selon l’un de leurs avocats, ne lui avaient pas demandé de faire appel.
« Ils ont indiqué qu’ils s’en remettaient à ma décision et qu’ils la comprenaient », a dit Bernard Legras.
Il s’est élevé contre les parallèles établis par certains avocats et médias entre l’affaire Bodein et celle d’Outreau qui avait abouti à l’acquittement de 13 des 17 personnes accusées de pédophilie lors de deux procès en 2004 et 2005.
Dans les deux affaires, la mise en cause des accusés était fondée sur des témoignages d’enfants suivis de leurs propres aveux et mises en cause réciproques, sans qu’aucun élément matériel irréfutable ne vienne soutenir l’accusation.
« Je voudrais d’une manière très ferme m’opposer à cette interprétation », a dit Bernard Legras en rappelant que « contrairement à l’affaire d’Outreau », trois juges avaient participé à l’instruction.
Tous les co-accusés de Pierre Bodein n’en sont pas pour autant quitte avec la justice. Deux femmes et un mineur, qui n’ont pu comparaître pour des raisons médicales ou juridiques, devront être jugés à leur tour, les deux premières devant une cour d’assises, le troisième devant le tribunal pour enfants.
Quant aux seize acquittés, dont huit ont été incarcérés et cumulent près de 15 années de détention provisoire, ils pourront engager une procédure en indemnisation dès mercredi soir, terme du délai d’appel au-delà duquel l’arrêt de la cour d’assises sera définitif.
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