AUTEUR : LE MONDE
Si d’ici au mardi 5 juin aucune partie n’a fait appel de l’ordonnance de mise en accusation, Michel Fourniret et Monique Olivier, son épouse, devraient comparaître devant les assises des Ardennes, à Charleville-Mézières, dans le courant du mois d’octobre.
Michel Fourniret, 65 ans, surnommé « l’ogre des Ardennes », est poursuivi pour cinq meurtres, deux assassinats avec viols et séquestrations d’adolescentes ou de jeunes femmes, en France et en Belgique entre 1987 et 2001. Monique Olivier, 59 ans, est renvoyée pour avoir participé, en 1989, au meurtre de Jeanne-Marie Desramault, 22 ans, et pour complicité dans cinq autres affaires.
Les deux époux devront aussi répondre de trois tentatives de viols. Le procès, qui nécessitera un réaménagement du tribunal, devrait durer de six à huit semaines.
LES SEPT VICTIMES:
ISABELLE LAVILLE, 17 ans, disparue
le 11 décembre 1987, à Auxerre (Yonne).
FABIENNE LEROY, 20 ans, disparue le 8 juillet 1987, à Châlons-en-Champagne (Marne).
JEANNE-MARIE DESRAMAULT, 22 ans, enlevée le 18 mars 1989,
à Charleville-Mézières (Ardennes).
ELISABETH BRICHET, 12 ans, enlevée
le 20 décembre 1989, à Namur (Belgique).
NATACHA DANAIS, 13 ans, disparue le 21 novembre 1990, à Rézé (Loire-Atlantique).
CÉLINE SAISON, 18 ans, enlevée
le 16 mai 2000, à Charleville-Mézières.
MANANYA THUMPONG, 13 ans, enlevée le 5 mai 2001, à Sedan (Ardennes).
Selon l’ordonnance des juges, dont Le Monde a eu connaissance, Michel Fourniret et Monique Olivier forment un duo de meurtriers « pervers » et « dangereux » comme il en existe peu dans l’histoire du crime. Ils se sont connus en 1985 par petites annonces, alors que Michel Fourniret purgeait une peine pour l’agression d’une jeune femme à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne). Ils se sont rencontrés pour la première fois en 1987 à la cour d’assises d’Evry, où Fourniret a été jugé, se sont mis en ménage dès sa sortie de prison, en octobre 1987, et ont entamé, deux mois plus tard, leur parcours criminel. Le 11 décembre, ils violent ensemble à Auxerre Isabelle Laville, 17 ans, avant de la tuer et de la jeter dans un puits à Bussy-en-Othe (Yonne). Mariés en juillet 1989, ils ont eu un fils né en 1988 dans les Ardennes, où ils se sont installés.
« CYNIQUE, FROID, OBSESSIONNEL »
Leur parcours jalonné de cadavres s’achève, le 26 juin 2003, à Ciney (Belgique) avec l’interpellation de Michel Fourniret après une tentative d’enlèvement d’une fillette de 13 ans. Un an plus tard, son épouse, interpellée à son tour, l’accuse de neuf meurtres. Fourniret en avoue six aux enquêteurs. Dès lors, les autorités belges et françaises ont regroupé leurs dossiers et, en 2006, les deux pays se sont accordés pour faire juger les deux suspects en France, où ont été perpétrés la majorité des meurtres recensés.
S’appuyant sur plusieurs expertises psychiatriques et psychologiques, les juges évoquent en Fourniret « un tueur en série (…) cynique, dépourvu du moindre respect de la personne humaine ». Cet ancien dessinateur industriel est décrit comme « froid, méticuleux, obsessionnel, sadique et extrêmement violent ». Selon les experts, « le plaisir de tuer prévaut sur le mythe idéalisé de la virginité » avancé par lui durant des entretiens. Michel Fourniret souffrirait « d’une problématique incestueuse dans la construction de sa personnalité ». Il tirerait sa jouissance « non du plaisir de tuer en prolongeant l’agonie de ses victimes, mais de leur terreur et de leur humiliation ». C’est « un sujet incurable et non réadaptable », estiment les experts.
Selon eux, Monique Olivier serait son « égérie ». La force et le secret de celle-ci seraient fondés sur sa capacité à « provoquer et utiliser la perversité des hommes à leur insu ». « Elle a alimenté et facilité le fonctionnement pervers de Fourniret », qui a trouvé en elle « un moteur à ses propres fantasmes ». Dotée d’un quotient intellectuel élevé (évalué à 131), Monique Olivier se situe « dans la catégorie des sujets surdoués, d’un niveau d’intelligence très supérieur ». Contrairement à l’image qu’elle véhicule, « elle possède une autonomie intellectuelle totale » et présente « une propension symptomatique et très préoccupante à la dissimulation ».
Deux autres dossiers impliquant le couple sont encore à l’instruction. Ils concernent une fillette de 10 ans, disparue dans l’Yonne en 1988, et une jeune Britannique de 20 ans, violée et étranglée en 1990, également dans l’Yonne.
Yves Bordenave
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