AUTEUR : LE NOUVEL OBS
Comment expliquez-vous que Martial Leconte, pédophile libéré après avoir purgé la totalité de sa peine, a accepté de porter un bracelet électronique ?
PEDOPHILE LIBÉRÉ
- Même s’il est toujours difficile de parler d’une affaire que l’on ne connaît pas, on peut émettre des hypothèses.
Il y a sûrement eu un « accord » du détenu. Pour les pédophiles, le bracelet permet de démontrer qu’ils n’étaient pas près d’un lieu où se serait produit un fait.
Pourtant, on peut se demander Martial Leconte a vraiment eu le choix. Depuis 2005, un magistrat peut prononcer une surveillance judiciaire et recourir au bracelet pour une personne sortant de prison. [Cette mesure ne s'appliquait auparavant qu'aux détenus en liberté conditionnelle, ndrl]. Le détenu doit avoir été condamné au moins à dix ans de prison, et, l’expertise prouvant sa dangerosité doit dater de moins d’un an.
L’exemple de Martial Leconte préfigure l’évolution actuelle de la justice : la poursuite de la contrainte judiciaire après la fin de la peine. C’est le même principe avec les hôpitaux fermés pour les personnes très dangereuses. On a peur que les individus récidivent donc on les enferme.
Quels sont les résultats obtenus par l’utilisation du bracelet électronique mobile comme alternative à la prison ?
- Le bracelet électronique mobile est une des dispositions de la loi anti récidive de décembre 2005. Je pense qu’il ne doit pas y avoir plus d’une dizaine de bracelets installés en France. Nous n’avons eu que peu de retours.
Le premier condamné à bénéficier de ce dispositif est sorti du centre pénitencier de Valenciennes début août 2006. Tout s’est bien passé, même si certains aspects techniques restent problématiques.
Le magistrat qui préconise le port du bracelet doit définir différentes zones : des lieux de rendez-vous obligatoires, des zones interdites, comme les abords d’une école pour un pédophile, et des zones tampons, proches des lieux interdits et qui déclenchent un premier signalement auprès des services de contrôle. Ce travail de définition est long et peut-être compliqué, notamment dans les grandes villes.
Ensuite, le détenu porte un bracelet et conserve avec lui une sorte de borne détectable par GPS. Il reçoit par ce biais des messages auxquels il doit répondre par un coup de téléphone depuis son domicile, par exemple.
Le bracelet électronique emploie une technologie contraignante et demande des moyens conséquents. Il faut donc réserver cette mesure à des cas particuliers, mais comment les définir ?
En outre, si le bracelet peut dissuader, il n’empêche pas le passage à l’acte, puisqu’il n’agit pas sur les pulsions.
Enfin, on ne peut pas se contenter d’un bracelet, il faut une prise en charge de l’individu pour préparer sa réinsertion.
Pensez-vous que les propositions de Roselyne Bachelot – augmenter le nombre de médecins pour assurer le suivi des sorties de prison et construire des hôpitaux fermés pour ceux qui sont trop dangereux pour sortir – sont pertinentes ?
- Concernant les hôpitaux fermés, nous nous demandons quel régime juridique sera attribué à cette forme d’incarcération.
Surtout, comment va-t-on imposer cette sanction ? Et à qui va-t-on demander de la faire appliquer ? Pour des raisons juridiques et éthiques, on ne peut choisir de confier cette tâche aux magistrats.
Affecter davantage de médecins au suivi des sorties de prison est, théoriquement, une bonne idée. Mais je ne sais pas si le chiffre de 350 sera suffisant ni si on trouvera les médecins en question.
Le suivi socio judiciaire pour les délinquants sexuels n’existe que depuis 1998. Il faut encore en perfectionner la mise en œuvre et lui consacrer des crédits. Dans le centre où était détenu Francis Evrard, à Caen, il devait y avoir entre 600 et 700 incarcérés et un seul psychiatre. Impossible de s’occuper de tout le monde.
Il faut préparer la sortie des détenus et leur donner les moyens de se réinsérer. De fait, la liberté conditionnelle est une bonne chose.
Proposer un suivi particulier des prisonniers dangereux peut-être une solution. Mais il existe des effets pervers : les experts pourraient finir par déclarer beaucoup de personnes comme étant dangereuses, afin de se prémunir de toute accusation d’erreur, si ensuite un incident se produisait.
Propos recueillis par Estelle Maussion
(le lundi 24 septembre 2007)
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