AUTEUR : AFP

Un homme et son ex-concubine, relaxés en première instance après 22 mois de détention provisoire, ont été condamnés mercredi à Douai en appel pour des agressions sexuelles commises sur les enfants de la femme, et sont décidés à aller jusqu’en cassation pour « prouver » leur « innocence ».

Condamnés à quatre ans de prison dont deux ans ferme, les deux prévenus ne retourneront pas en prison, leur détention provisoire et le jeu des remises de peine couvrant la détention ferme prononcée. A l’audience à huis clos le 7 mars devant le cour d’appel, l’avocate générale avait requis cinq ans d’emprisonnement dont trois ferme.

En larmes, visiblement très secoué, l’homme, âgé de 35 ans, s’est dit « K.O., lessivé » mercredi après la lecture de la décision. « La justice n’a pas voulu reconnaître ses erreurs », a-t-il ajouté, soulignant sa volonté de se pourvoir en cassation, comme son ancienne compagne, absente de Douai mercredi.

Incarcérés à partir de janvier 2003 après que les trois enfants de la femme -âgés de cinq, huit et dix ans au moment des faits- eurent raconté à leurs assistantes maternelles avoir été violés par eux en 2002, les ex-concubins avaient finalement été poursuivis pour agressions sexuelles.

Maintenus en détention jusqu’en octobre 2004, ils avaient été relaxés en première instance par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) en septembre 2006, mais le parquet avait fait appel.

« Je vais me battre, je vais faire un deuxième scandale d’Outreau », a déclaré le condamné, promettant notamment de « faire toutes les télés pour prouver (son) innocence ». « Je m’en fous de leurs sous (d’éventuelles indemnisations pour la détention provisoire, ndlr), je veux ma relaxe », a-t-il dit.

« Je récupère la garde de mes enfants (qui n’étaient pas les victimes de cette affaire, ndlr), et pourtant je suis condamné », s’est-il aussi étonné.

« La vérité du dossier, c’est qu’il n’y a aucun élément suffisant pour reconnaître leur culpabilité », a commenté son avocat Me Antoine Deguînes, soulignant que « sous le coup de cette décision, on (pouvait) avoir envie de faire un mauvais procès à la justice ».

S’étonnant que le quantum de la peine ne soit « pas en rapport » avec les faits pour lesquels sa cliente a été condamnée, Me Emmanuel Riglaire, l’avocat de la femme qui a perdu la garde de ses enfants, a estimé qu’il s’agissait « seulement » de couvrir la détention provisoire.

« On efface, on nettoie le dossier », a-t-il ajouté.

En revanche, pour Catherine Champrenault, avocate générale chargée des relations avec la presse, « il était légitime que la justice pénale se penche à nouveau sur cette affaire douloureuse et difficile ».

« Ce serait faire injure à la cour d’appel de penser qu’elle agit par réaction et pour éviter je ne sais quel naufrage, qui, en l’occurrence, n’est pas avéré », a-t-elle poursuivi.

Détenue dans la même cellule que Myriam Badaoui, mère incestueuse et fabulatrice de l’affaire d’Outreau, la prévenue s’était un temps accusée et avais mis en cause son compagnon, qui a toujours clamé son innocence.

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