AUTEUR : LE PARISIEN
Les responsables de l’Arche de Zoé seront « sévèrement punis » pour avoir tenté de transférer en France 103 enfants africains, a assuré hier le président tchadien. Une opération qui a suscité en France une vague de protestations.
LA POLEMIQUE enfle encore après l’exfiltration manquée par six membres d’une ONG française, l’Arche de Zoé, de 103 enfants africains.
Pour les organisateurs de l’expédition, arrêtés jeudi matin par les autorités tchadiennes, l’expédition prend un mauvais tour judiciaire. Pour les parents qui se proposaient d’accueillir en France l’un de ces gosses, en vue d’une probable adoption, elle vire au cauchemar.
Ces familles, qui étaient persuadées de participer à une opération de sauvetage humanitaire, ont attendu en vain pendant de longues heures l’enfant promis (moyennant le versement de plusieurs milliers d’euros). Hier soir, elles ont été reçues au Quai d’Orsay.
Une condamnation quasi unanime. Les ONG qui oeuvrent quotidiennement en Afrique stigmatisent la démarche de l’Arche de Zoé. Enfants du monde emploie les mots les plus durs en dénonçant « les nouveaux mercenaires de l’humanitaire » et « l’instrumentalisation de la générosité des familles d’accueil ». Cette association souligne aussi que « le déracinement est une solution arbitraire et dangereuse. C’est sur place que les enfants doivent être pris en charge ». L’Unicef considère que l’opération organisée par l’ Arche de Zoé « viole toutes les règles internationales ». Enfin, Idriss Deby, le président tchadien qui a rendu visite hier matin aux 103 enfants, recueillis par la Croix-Rouge, le HCR et l’Unicef dans un centre social d’Abéché (est du Tchad), annonce que ses auteurs « seront sévèrement sanctionnés ». Pour lui, il s’agit d’un « enlèvement pur et simple ».
Neuf Français arrêtés. Parmi les neuf personnes interpellées jeudi par la gendarmerie tchadienne, on compte sept personnes appartenant à l’association et deux journalistes français. Ils sont visés par une double enquête, l’une au Tchad où la justice les accuse de « trafic d’enfants », l’autre en France où un juge d’instruction du TGI de Paris a été saisi pour détournement des règles de l’adoption. Eric Breteau, le président de l’Arche de Zoé, aujourd’hui détenu à Abéché, avait déjà été entendu en juillet par la brigade de protection des mineurs, sans que des poursuites soient engagées contre lui. Preuve que les auteurs de l’expédition d’Abéché étaient « pistés » depuis des mois. C’est en utilisant au Tchad le nom de « Children Rescue » qu’ils ont peut-être réussi à tromper la vigilance des autorités tchadiennes et françaises, laissant dans l’ombre l’Arche de Zoé. En fait les deux associations ne font qu’une et sont constituées des mêmes personnes. Les neuf détenus ont reçu hier soir la visite du consul de France au Tchad chargé de vérifier qu’ils ne se trouvaient pas dans « une situation de violence ».
Les enfants ont-ils des parents ? Le président tchadien certifie que certains d’entre eux ne sont pas orphelins. Ils ont été recueillis près de la frontière du Darfour, avec l’assentiment de maires ou de chefs de village, assure l’Arche de Zoé. Reste à savoir dans quelles conditions ces « visas » ont été délivrés. Les ONG, qui ont regroupé les 103 enfants dans un centre social d’Abéché, vont organiser dans les prochains jours une opération, avec l’aide du gouvernement tchadien, pour tenter de retrouver des membres de leur famille dans une région meurtrie, ces derniers mois, par des affrontements entre factions rebelles et armée tchadienne. « Il est possible que ces enfants aient été séparés de leur famille et, s’ils ont perdu leurs parents, ils ont peut-être encore des oncles ou des tantes qui s’occupaient d’eux », explique Nicolai Panke, membre de la Croix-Rouge au Tchad. Une certitude pour lui : si les enfants sont « traumatisés », très peu d’entre eux paraissent « malades ». Contrairement à ce qu’affirment les responsables de l’Arche de Zoé pour justifier leur évacuation d’urgence.
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