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AUTEUR : LE NOUVEL OBS

Des membres d’une ONG française, « l’Arche de Zoé », ont été arrêtés au Tchad, jeudi 25 octobre, pour avoir voulu faire venir en France 103 enfants tchadiens. L’Unicef fait partie des organisations qui les ont pris en charge depuis hier. Quelle est votre mission dans cette affaire ?

Unicef:

- On a été alerté hier par le gouvernement tchadien. Depuis les enfants sont dans un centre d’assistance à la famille tchadien à Abéché, à l’Est du pays. On leur a fourni de la nourriture, des soins médicaux. Après le choc d’hier, ils vont mieux, même si leur état psychologique n’est pas encore très bon. On travaille principalement avec les autorités tchadiennes, le CICR et l’UNHCR. Les enfants ne sont pas blessés, contrairement à ce que dit l’ONG qui les a enlevés. Apparemment, ils avaient des bandages, mais lorsqu’on les leur a enlevés, on s’est rendu compte qu’ils n’étaient pas blessés.

L’ONG a déclaré qu’elle avait préparé cet enlèvement pour sauver ces enfants.

Il faudra qu’elle apporte des preuves du danger qu’ils encouraient.

Pour le moment, nous sommes dans l’urgence car il faut que l’on parvienne le plus rapidement possible à établir qui sont ces enfants, s’ils sont orphelins -comme le prétend l’ONG qui a les enlevés- ou non, d’où ils viennent, à les « tracer » littéralement. On ne sait même pas s’ils viennent du Tchad ou du Soudan. C’est d’autant plus difficile que ces enfants ont entre 1 et 8 ans, la majorité ayant entre 4 et 5 ans. Les personnes qui les ont enlevés devraient dire d’où ils viennent.

Que pensez-vous de la ligne de défense de l’association l’Arche de Zoé, qui disent avoir voulu envoyer ces enfants dans des familles d’accueil en France pour les protéger des conflits de la région ?

- On regarde l’affaire du point de vue légal et éthique. On s’en tient aux conventions internationales, notamment la convention de La Haye, qui date de 1993. Même si un ou même les deux parents d’un enfant sont décédés, on essaie de ne pas le déraciner. On fait des recherches dans sa famille élargie pour savoir s’il a des frères, des oncles, etc., qui pourraient le prendre en charge. On regarde d’abord si l’enfant peut rester dans sa famille avant d’envisager une autre solution. Quand il s’agit d’adoption internationale, elle doit être faite de manière éthique et dans la transparence. Or, il apparaît que dans l’affaire des 103 enfants tchadiens cela n’a pas été le cas : ce qui s’est passé n’est ni éthique, ni légal. Les enquêtes en cours côté tchadien et français nous permettront, je l’espère, d’en savoir plus le plus vite possible.

La situation des enfants dans les camps de déplacés n’est pas une situation enviable, c’est vrai. La vie dans les camps est difficile, la situation politique dans la région est dangereuse. Mais cela n’explique pas le fait de déraciner ces enfants encore plus en les emmenant loin de leur monde, de leur famille. On essaie de leur venir en aide sur place, c’est notre mission. Avec l’espoir, toujours, que cette situation d’instabilité est temporaire, qu’ils pourront retourner chez eux, retrouver leurs racines, et la paix. Il est arrivé que des enfants soient emmenés dans d’autres pays pour y être soignés lorsque leur pays d’origine ne pouvait leur donner les soins dont ils avaient besoin. Cela s’est passé avec des enfants irakiens, par exemple. Mais ensuite, ils sont retournés dans leur pays.

Encore une fois, un enfant n’est pas un sac que l’on emmène et dépose ailleurs.

Cette collision entre humanitaire et trafic d’enfants, si cela s’avère être le cas, est-elle une première ? Quelles peuvent en être les conséquences ?

- Le trafic d’enfants existe, à l’évidence. Mais pas à cette échelle : 103 enfants, c’est beaucoup… Sur le plan humanitaire, il se peut qu’il y ait parfois des dérapages et ce qui s’est passé hier en est un. Du moins, l’enquête nous le dira. Mais le public doit faire la différence entre le travail que nous faisons depuis si longtemps, nous et d’autres organisations, de manière transparente et organisée, et ce qui s’est passé hier avec cette ONG, qui n’est dans la région que depuis très récemment et qui a agi de manière totalement irresponsable. Il faut que la population locale et les gouvernements continuent de nous faire confiance, mais aussi la population occidentale. Car nous avons besoin de leurs financements, de leurs dons. Le danger est qu’ils arrêtent de nous donner de l’argent au motif qu’ils ne savent pas où va l’argent, à quoi il est employé.

Interview de Véronique Taveau par Sarah Halifa-Legrand

(le vendredi 26 octobre 2007)

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