Share this post with Digg

AUTEUR : L’ECONOMISTE

www.leconomiste.com/article.html

Violences contre l’enfant: Il faut briser l’omerta
· Accroissement annuel des cas de 4,5%

· Mots d’ordre: Dialoguer, sensibiliser et prévenir

Yasmine, 4 ans, a subi à l’âge de 2 ans les sévices sexuels de son oncle et de son père, selon le témoignage de sa mère. Alertée par une voisine, celle-ci a surpris le pédophile en flagrant délit dans un champ de maïs. Le cas de cette petite fille et tant d’autres a été relaté lors d’une conférence- débat sur la violence à l’encontre des enfants, état des lieux au Maroc, organisé par l’association «Innocence en danger» à Casablanca.

Objectif: briser la loi du silence qui entoure la violence contre l’enfant lorsque l’auteur est un proche de la victime.

«Il n’y a aucune raison pour que le problème ne soit pas révélé», fustige le docteur Driss Moussaoui. «Ce tabou doit être levé au Maroc», poursuit-il.

Les familles des victimes préfèrent dissimuler les faits pour échapper à la honte et ne pas être pointées du doigt. «Il s’agit d’une particularité marocaine qui consiste à ne pas porter plainte pour préserver la réputation de l’enfant ou préférer des arrangements à l’amiable pour enterrer l’affaire et laisser échapper le violeur, qui récidive», affirme Salwa Benabdellah, présidente de l’association «Innocence en danger».

Pourtant, le législateur marocain inflige une lourde peine, si l’auteur est proche de la victime, de 20 à 30 ans de prison ferme (articles 484 et 485 du code pénal). Au Maroc, le ministère de la Justice a recensé un accroissement annuel de 4,5% de la violence à l’encontre des enfants. «Un fléau social très complexe qui atteint tous les niveaux de revenus, et tous les milieux, ruraux, suburbains et urbains. Les enfants souffrant d’un handicap physique ou mental y sont particulièrement vulnérables», témoigne Najia Adib, présidente de l’associaton «Touche pas à mes enfants», et mère d’un enfant qui a été violé par le vigile d’une crèche à Rabat en 2003. «Le dialogue et la sensibilisation sont les deux solutions pour prévenir et remédier à ce problème», ajoute-t-elle. Mais, le fait de dénoncer ces crimes à la Justice déclenche systématiquement une action de routine: l’enfant va être questionné, examiné par des policiers, des juges (qui ne sont pas spécialistes en psychologie), des médecins, des travailleurs sociaux, des psychologues. En cas d’inceste, c’est la rupture avec la famille: l’enfant doit être confié à une institution, le père emprisonné, la mère et les autres membres partagés entre le violeur et sa victime et très souvent eux-mêmes culpabilisés. «Il faut en premier lieu tenir compte de l’intérêt de l’enfant. Il est recommandé qu’en cas d’agression sexuelle, une seule personne, un psychologue d’enfants, le prenne en charge», souligne Driss Moussaoui.

Par ailleurs, les participants n’ont pas manqué de pointer du doigt le phénomène de tourisme sexuel, qui prend de l’ampleur et rend les enfants des infortunés particulièrement vulnérables.

«Plus l’enfant est jeune, plus le prix est élevé. Un enfant de moins de 13 ans coûte 200 DH», déplore Salwa Benabdellah. «Certaines familles envoient leurs enfants se prostituer au lieu de mendier, car il est évident que le tourisme sexuel rapporte mieux que la mendicité», ajoute-t-elle.


Les campagnes, plus touchées
Les sévices sexuels sont répandus dans les campagnes.

En effet, d’après plusieurs enquêtes, il semblerait qu’une fille sur huit et un garçon sur dix sont victimes d’abus sexuels avant l’âge de 18 ans. La grande majorité des abuseurs sont des hommes (97%). A noter que plus de 1.092 cas de violence à l’encontre des enfants (dont 783 cas de violence physique et 309 cas de sévices sexuels) ont été enregistrés au Maroc en 2005, selon les dernières données de l’association Innocence en danger. Ils sont généralement âgés de moins de 5 ans, la tranche d’âge la plus touchée est située entre 10 et 15 ans.

J. R.

tags: , , ,

-

Comments are closed.

réseaux sociaux

numéros d'urgence
  • Le 119 (appel gratuit)
  • Le 116 000 (Européen)
  • 08 VICTIMES (08 84 28 46 37)
dénoncer
Linkin Linkin