AUTEUR : CLICANOO.COM
Bertrand Thébaud, un psychiatre du GHSR, et Yannis Vaitiligom ont été mis en examen et écroués hier pour corruption de mineurs et détention d’images à caractère pédo-pornographique. Ils sont tous deux suspectés d’avoir eu des relations sexuelles avec des mineurs.
SAINT-PIERRE.
Ils ont été déférés tous les deux, hier après-midi. Bertrand Thébaud, désormais sans son masque de psychiatre respectable du GHSR. Et l’autre, celui qui dans les prémices de l’affaire apparaît comme le second couteau de leur sordide tandem, s’appelle Yannis Vaitiligom. Les deux hommes, âgés respectivement 57 et 37 ans, ont été mis en examen et écroués pour corruption de mineurs, détention et diffusion d’images à caractère pédo-pornograhique. La justice cherche maintenant à savoir qui sont les victimes, leur âge et leur nombre. Pédophilie. Encore. Pour être une nouvelle affaire, celle-ci n’en obéit pas moins aux mêmes schémas d’horreur que les précédentes. Seule sa découverte se distingue des autres, mais pour l’essentiel, c’est la même chose. L’affaire voit le jour la semaine dernière, grâce à un enfant. Le marmaille souffre d’un grave handicap qui grève ses facultés mentales. Aussi ne voit-il aucun mal à se rendre un jour dans l’établissement spécialisé qui le suit muni d’une photo. Un cliché au sens explicite pour des adultes, mais que l’enfant met innocemment sous les yeux horrifiés des éducateurs. Plein cadre, sur cette photo qui fera office de déclic pour la justice, figure un enfant… Nul besoin d’aller plus loin. Les éducateurs, alarmés, et surtout terrorisés par le fait que pareille image se retrouve en possession d’un enfant vulnérable, s’inquiètent sur sa provenance. Où l’enfant l’a-t-il trouvée ? Dans la rue ? Dans les mains d’un adulte ? Chez lui ? Ils découvriront bien vite la vérité. Tout du moins la brigade de gendarmerie du Tampon. Celle-ci remonte rapidement jusqu’au propriétaire de la photo : c’est Yannis, son grand frère. Le cliché est, si l’on ose dire, l’arbre qui cache la forêt. D’autres images sont trouvées à son domicile. Sur son ordinateur, par centaines. Des images capturées au gré de ses navigations sur internet et téléchargées dans les réseaux pédophiles mondialisés.
“Un homme à l’embonpoint au-dessus de tout soupçon”
Et puis, il y a ces images que les enquêteurs connaissent sans vraiment connaître, mais qui leur apparaissent familières au premier coup d’œil. Ce n’est pas tant le contenu qui leur met la puce à l’oreille que le contexte de la prise de vue. Une plage. Des douches publiques. Les enfants que le téléobjectif vise comme une obsession fréquentent le front de mer de Saint-Pierre. En garde à vue jeudi, Yannis se défend d’être le photographe. Lui, dans cette affaire, se serait contenté de télécharger ou de récupérer des photos En fait, c’est l’autre, le psychiatre, qui tient le rôle de l’observateur obscène : Bertrand Thébaut. Lorsque les gendarmes débarquent vendredi dans son appartement, il y trouve la confirmation que le thérapeute est un addict des photos pédo-pornographiques. Lui aussi, en garde à vue, il tentera bien de flouer les enquêteurs, de faire appel au stéréotype du pervers assis devant son ordinateur, se satisfaisant d’alimenter sa perversion sur le mode virtuel. Mais, dans les locaux de la gendarmerie, l’homme ne tarde pas à passer aux aveux. Peut-être, des plagistes se souviennent-ils encore de cet homme, assis en face des douches publiques, avec son téléobjectif en bandoulière. Un homme comme les autres, fondu dans l’apparence à la fois inoffensive et détaché d’un simple touriste. C’est pourtant le même homme, aux rondeurs rassurantes, à l’embonpoint au-dessus de tout soupçon qui ajustait sa focale sur les enfants sans maillot et ados qui défilaient sous la douche. Et qui prenait un plaisir pervers à figer leurs corps dans des poses suggestives. Des centaines de ces clichés ont été retrouvées chez lui, à deux pas du front de mer. Autant de fantasmes que le psychiatre pédophile recouvrait d’une pellicule de secret. Même la personne qui partageait sa vie n’était pas au courant jusque-là. Au cours de leur audition, les deux hommes ont fait d’autres aveux et fini par reconnaître ce que les photos et la psychologie des deux hommes auguraient depuis le début. Ils ont eux des relations sexuelles avec des mineurs, des adolescents de plus de 15 ans, mais il y a longtemps, précisent-ils. Des enfants qu’ils n’ont pas eu à forcer pour avoir des rapports sexuels, insistent-ils encore. Ils n’ont eu qu’à leur donner de l’argent. Une somme conséquente pour acheter leur silence, lever les craintes et satisfaire leur vice à moindre coût moral. Les rapports que les deux hommes entretiennent restent entourés de zones d’ombre. Par quel biais deux hommes aux profils si opposés se sont-ils rencontrés ? Sur ce point, pas de réponse. Sinon cette hypothèse : le frère handicapé de Yannis aurait peut-être servi de trait d’union entre les deux hommes. Reste que sur le fonctionnement de cet attelage de l’horreur, le psychiatre a indéniablement tenu le rôle de coureur de tête, celui qui tenait les rênes. Dans le couple pédophile, Yannis, faisait aussi office de rabatteur, celui qui était chargé de présenter des mineurs et futurs victimes corruptibles à Thébaud. La tâche n’a pas dû être facile l’avocat de permanence, Me Lebras qui n’avait, somme toute, aucun moyen objectif de leur éviter la prison. Le psychiatre, d’ailleurs, devait probablement s’attendre à être incarcéré. Car Bertrand Thébaud connaît bien le fonctionnement de la justice dans ce type d’affaire. Et la justice, en retour, le connaît bien, Thébaud. Le psychiatre aujourd’hui pédophile, ordonnait hier les injonctions thérapeutiques que la justice était chargé d’exécutée… à l’encontre de pervers pédophiles. La boucle est bouclée.
J.O.
La chasse au pervers à l’ère numérique
Deux affaires de pédophilie en moins d’une semaine (voir nos éditions de mercredi et jeudi). Bien sûr, elles n’ont aucun rapport. Ou plutôt si, elles sont liées par le fil numérique d’internet. Car si les deux hommes déférés hier ont pu être rapidement confondus, c’est en partie grâce à la vigilance redoublée, qui s’exerce désormais sur ces pervers qui profitent de l’ère numérique pour télécharger des images pédo-pornographiques et étendre leur rayon d’action perverse aux quatre coins du globe. Une délinquance à grande échelle à laquelle la justice et les moyens de recherche ont dû rapidement s’adapter en installant des unités de veilles informatiques dans de nombreux pays, le tout coordonné en quasi temps réel. Autres mœurs, autre temps d’action. Sur ce sujet, “la Réunion n’est pas plus touchée qu’un autre département”, rappelle le procureur Patrice Cambérou. Selon lui, la succession relativement proche de ces affaires n’est pas à mettre au compte d’une pédophilie qui serait plus importante sur le département, mais bien aux efforts conjugués des moyens d’actions au niveau national et du parquet de Saint-Pierre dont “le personnel, rappelle Patrice Cambérou, est mobilisé pour que cessent des actes de ce genre et que les adultes ne commettent plus l’irréparable avec des mineurs”.
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