AUTEUR : PAR THIERRY LÉVÊQUE, REUTERS
Le tueur en série présumé Michel Fourniret a été conduit de force par la police vendredi à la deuxième audience de son procès à Charleville-Mézières (Ardennes) pour sept meurtres, qu’il entend boycotter en invoquant le rejet de sa demande de huis clos.
MICHEL FOURNIRET CONDUIT DE FORCE AU TRIBUNAL |
CHARLEVILLE-MEZIERES, Ardennes
L’avocat général Francis Nachbar a requis la force publique pour que l’accusé de 65 ans soit extrait de sa cellule et embarqué vers la cour d’assises par les policiers d’élite du GIPN. Il n’a opposé qu’une résistance passive.
A l’ouverture de l’audience, Francis Nachbar s’est adressé à l’homme, muet, le visage grave, dans son box.
« Je requerrai la force publique chaque fois qu’il le sera nécessaire, si Michel Fourniret persistait dans son refus de comparaître. La présence de l’accusé est indispensable, nécessaire à la justice et aux familles », a-t-il dit.
« On ne permettra pas que vous continuiez à nous manipuler. Depuis quatre ans, vous ne manipulez plus personne. Vous n’avez rien à exiger de qui que ce soit, un peu de décence, arrêtez vos pitreries », a-t-il ajouté.
Michel Fourniret, en prison depuis son arrestation en juin 2003, n’a pas répondu. Son avocat, Me Pierre Blocquaux, a estimé que la comparution de force était normale.
« Ca ne dépend pas de lui, il y a un code de procédure pénale qui prévoit qu’on peut obliger quelqu’un à venir. Il n’y a pas eu de brutalité, on ne l’a pas porté dans la salle d’audience », a-t-il dit à Reuters.
Les familles de victimes tiennent à ce que l’accusé soit présent. « Cet homme a le goût du sang, le goût des jeunes enfants, il pense que l’expression ultime de la vérité consiste à violer des jeunes enfants et prendre leur existence », a dit Me Thierry Moser, l’un de leurs avocats.
« Et c’est cet homme totalement immoral, amoral qui veut maintenant nous imposer les règles de conduite du procès criminel ? C’est absolument inadmissible », a-t-il ajouté.
« SALE TYPE »
La veille, à l’ouverture du procès, Michel Fourniret, muet, avait annoncé qu’il le boycotterait si on lui refusait le huis clos, brandissant un papier : « Sans huis clos, bouche cousue ».
Il a ensuite remis à la cour un manuscrit où il se présente comme un être « mauvais et dépourvu de tout sentiment humain », un « sale type » et un « manipulateur ». Il explique aussi qu’il a un « espoir très vif de rencontrer les familles ».
Il assure par ailleurs que sa femme Monique Olivier, rencontrée par petite annonce alors qu’il était en prison en 1987, aujourd’hui co-accusée d’un meurtre et jugée pour complicité dans quatre autres, n’est pas responsable.
« M.O ne fut pour moi qu’un objet que mon absence de scrupules manipula constamment par un jeu pervers consistant à dire à une pauvre paumée romanesque ce qu’elle avait soif d’entendre », écrit-il.
L’accusation retient l’aide apportée pour les crimes et le « pacte » criminel figurant par écrit dans des lettres échangées du couple. Il promettait d’éliminer ses deux derniers compagnons en échange d’une aide dans la « chasse » aux jeunes filles.
Michel Fourniret a reconnu les enlèvements, séquestrations, viols ou tentatives de viols et meurtres de sept fillettes ou jeunes filles entre 1987 et 2001, six en France et une en Belgique. Il est en outre poursuivi pour deux autres agressions.
Il nie d’autres crimes qui font l’objet d’enquêtes, écrivant dans le document remis à la cour : « Je décevrai les personnes avides de sensationnel en révélant que hormis une tentative d’homicide sur la personne d’un professionnel de santé, le placard de ma conscience, grand ouvert, est vide ».
Les accusés encourent la réclusion à perpétuité.
Plusieurs centaines d’organes de presse sont représentés à ce procès. Le barreau local en a profité vendredi pour organiser une manifestation d’environ 200 avocats pour protester contre la réorganisation des juridictions locales.
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