AUTEUR : L’EXPRESS
Quatre ans après sa première audience et la comparution de près d’un millier de témoins, le procès du scandale pédophile de la Casa Pia, le plus long de l’histoire judiciaire du Portugal, entre enfin dans sa dernière ligne droite.
Quatre ans après sa première audience et la comparution de près d’un millier de témoins, le procès du scandale pédophile de la Casa Pia, le plus long de l’histoire judiciaire du Portugal, entre enfin dans sa dernière ligne droite.
« Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il tombe des cordes, le réquisitoire du ministère public commencera le 24 novembre à 9H30″ (08H30 GMT), a annoncé mercredi la présidente du tribunal criminel de Lisbonne, la juge Ana Peres, au terme de la 402ème audience d’un procès dans lequel sept accusés comparaissent pour abus sexuels sur 32 mineurs.
L’affaire de la Casa Pia (Maison Pieuse) remonte à novembre 2002 quand un des internes de cette institution publique fondée au 18e siècle pour accueillir des jeunes en difficulté affirme à la presse avoir été violé par un employé.
Cette première accusation déclenche une avalanche de révélations de la part de plusieurs dizaines de pensionnaires ou anciens pensionnaires, qui dénoncent l’existence d’un réseau pédophile organisé et mettent en cause plusieurs personnalités.
Le scandale est énorme au Portugal. La rumeur, relayée par la presse, accuse de hauts responsables politiques. L’opposition socialiste, dont plusieurs membres sont cités, dénonce la « machination ».
Principal accusé, Carlos Silvino, dit « Bibi », est le seul à ce jour à avoir avoué. Cet ancien chauffeur et jardinier de l’institution, lui-même victime d’abus sexuels du temps où il était pensionnaire à la Casa Pia, cumule plus de 630 accusations de violences sexuelles sur mineurs.
Après trois ans en détention préventive, le maximum prévu par la loi, « Bibi » avait été relâché en novembre 2005 et comparaît donc libre, comme ses six co-inculpés.
Parmi les personnalités publiques citées dans le scandale, seul l’ex-présentateur vedette de la télévision, Carlos Cruz, reste mis en accusation. A ses côtés, comparaissent un ancien responsable de la Casa Pia, un ex-ambassadeur, un avocat, un médecin et la propriétaire d’une maison, dans le sud-est du Portugal, où se tenaient, selon les victimes, des « soirées spéciales ».
Le député et ex-ministre Paulo Pedroso, ancien numéro deux du Parti socialiste, incarcéré pendant quatre mois et demi en 2003, a finalement obtenu un non-lieu et la condamnation, le mois dernier, de l’Etat portugais pour « détention illégale ».
« Ce procès a connu de nombreuses vicissitudes à partir du moment où il a cessé d’être traité comme une affaire d’abus sexuels sur mineurs pour devenir une affaire politique », affirme Me Miguel Matias, avocat des parties civiles, les 32 victimes présumées et la Casa Pia elle-même.
« Après le choc, il y a eu une attente, puis le doute et la méfiance se sont installés dans les esprits », se souvient Me Matias, ajoutant que « ce procès a été un calvaire pour les victimes ».
« Quelle que soit la conclusion du procès, rien ne sera comme avant au Portugal », assure pourtant Felicia Cabrita, la journaliste qui avait révélé l’affaire en publiant dans l’hebdomaire Expresso le premier témoignage d’une des victimes présumées.
« Quand certains d’entre eux ont commencé à parler, trois générations d’anciens élèves ont brisé la barrière de la honte, l’arme fondamentale des pédophiles », rappelle-t-elle.
En marge du procès principal de la Casa Pia, d’autres affaires d’abus sexuels au sein de l’institution ont été jugées depuis 2002, aboutissant à 13 condamnations, notamment d’anciens professeurs ou moniteurs de la Casa Pia.
Et, en mars 2006, sans attendre la fin du processus judiciaire, un tribunal d’arbitrage, créé spécialement, avait condamné l’Etat portugais à verser deux millions d’euros d’indemnités à plusieurs dizaines d’anciens pensionnaires de la Casa Pia.
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