AUTEUR : APEV
L’APEV était présente à Charleville-Mézières lors des premiers jours du procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier.
Mercredi 26 mars
Les familles sont accueillies par les membres des associations Forhom de Charleville-Mézières et Le Mars de Reims qui seront présents à leurs côtés tout au long des deux mois du procès.
Les familles disposent de locaux qui leur sont réservés, où elles pourront bien sûr s’isoler et se reposer, mais surtout trouver une aide psychologique et le réconfort du groupe solidaire qu’elles forment à l’écart de l’agitation médiatique.
L’organisation matérielle leur est expliquée : réservation des chambres d’hôtels, repas, transport, mise à disposition de navettes pour les trajets hôtel / palais de justice et palais de justice / restaurant. La Justice s’est engagée à rembourser les sommes avancées par les familles tous les 15 jours.
Ensuite, dans la salle de la cour d’assises, le président explique longuement aux familles la place et le rôle de chaque acteur, et le déroulement du procès. Il précise aux familles les moments où elles pourront évoquer Isabelle, Fabienne, Jeanne-Marie, Natacha, Elisabeth, Céline, Mananya, des jeunes filles innocentes, pas uniquement des victimes.
Mercredi 27 mars et jeudi 28 mars
Début du procès. Le face à face avec Michel Fourniret est à la fois redouté et attendu par les victimes. L’angoisse liée à son refus éventuel de se présenter à l’audience n’existe plus, le président ayant fait part de son intention de l’y contraindre par la force publique si nécessaire.
Et puis il est là. Un bref regard panoramique de la salle, il rentre en lui-même, dans une attitude d’enfant butté, bras croisés, yeux fermés, tête légèrement rejetée en arrière. Il n’impressionne, ni n’impressionnera plus personne.
La lecture de l’ordonnance de mise en accusation est particulièrement longue et éprouvante. L’évocation des faits selon les versions de Michel Fourniret puis de Monique Olivier est précise, détaillée jusqu’au sordide.
Est-il vraiment nécessaire d’aller aussi loin dans ce niveau de détail ?
Des mots, des images difficiles.
Des mots qui résonnent avec plus d’intensité dans ce lieu, en présence des accusés et du public. Par respect pour la mémoire des victimes, le président prend le soin d’interrompre la lecture après chaque affaire par quelques instants de silence.
Après l’audience, le réconfort mutuel, les gestes attentionnés des membres des associations d’aide aux victimes, parviennent à ramener l’apaisement sur les visages, parfois jusqu’à un léger sourire malgré les yeux embués de larmes.
Deux familles attendront jusqu’au lendemain matin le récit tant redouté, comptant les heures d’une nuit particulièrement longue et sans repos.
L’instant de silence demandé par le président après la lecture des faits relatant le calvaire de Céline est interrompu brutalement par un représentant de l’ordre des avocats demandant la suspension de l’audience. Les avocats du barreau de Charleville Mézières entendent ainsi manifester leur désapprobation de la nouvelle carte judiciaire.
Cette interruption, à un moment particulièrement mal choisi, est vécue comme un manque de respect envers la mémoire des victimes disparues.
La carapace dont s’est entouré Michel Fourniret commencerait-elle à se fendiller ?
Interpellé en début d’audience par l’avocat général lui signifiant entre autres que depuis quatre ans il ne commandait plus rien, ni ne manipulait plus personne, deux spasmes ont traversé sa joue, ses rides se sont davantage creusées, un instant.
Puis en fin de journée, lorsqu’il renouvelle au président son exigence de huis-clos il aura cette expression je ne veux pas qu’ « on m’exhibe devant un auditoire non concerné ». Son orgueil en souffrirait-il ?
Après la lecture de l’ordonnance de mise en accusation, le président énonce les peines maximales encourues : pour Michel Fourniret la prison à perpétuité sans aucune possibilité d’aménagement de peines, la « perpétuité perpétuelle » par décision spéciale de la cour d’assises, et pour Monique Olivier la prison à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.
Association Aide aux Parents d’Enfants Victimes
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