AUTEUR : APEV

Cette semaine, examen de deux dossiers de familles adhérentes à l’APEV, celui d’Elisabeth Brichet enlevée à Namur en Belgique et celui de Natacha Danais enlevée à Reze dans la banlieue de Nantes.

Pour évoquer Elisabeth, Monsieur Brichet s’avance à la barre sur proposition du président : « Ma petite fille aura éternellement 12 ans » dira-t-il. Il compare Fourniret au Minotaure à qui on faisait des offrandes de chair humaine.
Marie-Noëlle Bouzet maman d’Elisabeth lit trois lettres que lui ont adressées des amies d’Elisabeth après sa disparition. Sur l’écran géant, au-dessus de la cour, le visage d’Elisabeth apparaît, radieux.
« Elisabeth voulait être juge. Moi je la voyais infirmière. Elle aimait les gens. »
L’amie d’Elisabeth évoque leurs rires et leurs jeux ce dernier après midi, ce 20 décembre 1989.

L’enquêteur de la PJ de Namur relate les longues années d’enquête avant la découverte du corps au château du Sautou en juillet 2004.

L’alerte de la disparition d’Elisabeth est donnée à 20h30. Michel Fourniret pourra passer la frontière franco belge, Elisabeth à l’arrière de sa voiture et l’amener à son domicile de Floing vers 22-23h sans encombre.
Il est urgent de réfléchir à ce que nous aurions pu faire pour l’arrêter.

Un magistrat étant soufrant, l’audience est suspendue jusqu’au lendemain.

Le mardi, Marie-Noëlle Bouzet reprend la parole interrompue la veille. En référence aux aveux de Fourniret justifiant la nécessité de tuer Elisabeth pour faire taire son regard, elle répète par deux fois : « Elisabeth par son regard n’était plus un objet, mais un être humain ».
Michel Fourniret reste impassible.

L’enquêteur belge appelé à la barre relate les difficultés qu’a eues Monique Olivier pour avouer d’abord sa présence dans la voiture au bout d’une heure d’interrogatoire, puis celle de son bébé au bout de deux heures.

Sur autorisation du président, des extraits des enregistrements faits en Belgique des interrogatoires de Monique Olivier et de Michel Fourniret sont projetés, après un débat contradictoire entre les parties au procès.
La salle d’audience est muette, le silence épais, palpable.

Monique Olivier est telle qu’elle apparaît au procès, parlant difficilement, d’une petite voix, à peine audible par moment, tremblante, confuse, évasive, ne se souvenant plus. Assise droite sur sa chaise, légèrement penchée vers l’avant, mains croisées, le regard cherchant désespérément un point d’appui.
Elle articule péniblement « après ça il vivait normalement, il ne se sentait pas concerné […] J’aurais dû avoir le courage d’aller le dénoncer, parce que j’avais peur d’être considérée comme sa complice et subir les mêmes punitions que je ne méritais pas. J’étais lâche ».
« J’étais lâche », ou « j’avais peur » refrains repris à chaque fois qu’elle est interrogée sur sa participation et son silence pendant toutes ces années.

Michel Fourniret prend lui possession de l’espace restreint qui lui est alloué, bien callé au fond du siège, jambes allongées, mains croisés sur la poitrine, yeux fermés, il raconte. Manipulateur, c’est lui qui « prend la main », qui mène le débat.
Il donne une description technique, très précise des faits, tient à donner un sens rationnel à chacun de ses actes. Avec une voix égale où ne parait aucune trace d’émotion, aucun sentiment. Juste un mode opératoire. Glaçant.
Il se permet même une certaine ironie teintée de condescendance envers l’enquêteur.
Pendant que défilent ces images, sa tête se tourne de temps en temps vers l’écran ou repose sur son poing, mais ses yeux semblent toujours fermés. Il parcourt brièvement du regard les bancs des parties civiles, cherche-t-il à vérifier sur les visages attentifs mais atterrés l’impact de ces paroles ?

Il justifie sa décision de tuer Elisabeth « à partir du moment où cette résistance [celle d’Elisabeth] se manifeste, je dois contrer cette résistance…la faire taire… le sac est là… l’enchaînement se fait de lui-même… le sac est là, le sac asphyxie… L’enlèvement, la contrainte sont de mon fait, l’aboutissement m’échappe et va très vite … à partir du moment où il [l’autre] exprime sa résistance cela devient un combat, vous devenez un combattant qui se doit d’avoir le dessus et de vaincre… vous regardez vos mains qui se serrent, je ne me sens pas capable d’expliquer davantage l’issue, l’étranglement est infinitésimal par rapport à l’ensemble, en durée, il ne fait pas partie du processus, sa nécessité apparaît pour faire taire les protestations, pour faire taire le regard ».
Un combat avec une petite fille de 12 ans qui plus est, est entravée.

Pendant l’interrogatoire l’enquêteur évoque sa sœur décédée. Michel Fourniret craque, il pleure, puis évoque l’immaculée conception mains jointes sur la poitrine, s’enferme dans un « délire » mystique, incompréhensible.

Une seule image lui fera baisser la tête : quand lors des fouilles au château du Sautou apparaît la semelle de la chaussure d’Elisabeth… Il regarde par contre avec attention les photos de l’autopsie.

Elisabeth a appelé Monique Olivier à l’aide à plusieurs reprises « Madame aidez-moi », paroles qu’elle ne pouvait pas ne pas entendre « j’ai dit que je n’ai rien entendu car c’était insoutenable de n’avoir pas réagi. C’est horrible, je n’ai rien fait ».

Le président rappelle la réponse de Michel Fourniret à une question de l’enquêteur évoquant d’éventuels remords : « je recommencerais ce que j’ai fait »,

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Mercredi 16 et jeudi 17 avril
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Pendant deux jours, la Cour d’Assises des Ardennes va examiner l’enlèvement, le viol et le meurtre de Natacha Danais âgée de 13 ans quand elle disparaît le 21 novembre 1990.

L’émotion est forte dans la salle d’audience à l’évocation de la cinquième jeune fille enlevée et assassinée par le couple Fourniret qui « reconnaissent les faits qui leur sont reprochés » ! Et tandis que Monique Olivier exposera sa version et répondra aux questions, Michel Fourniret lui campe sur ses positions de « ne pouvoir s’exprimer davantage » faute de huis clos.

Long débat au sujet du huis clos, débat relancé une nouvelle fois par Michel Fourniret qui décidément essaie toujours de diriger le jeu, et de manipuler ces interlocuteurs. La famille de Natacha tient bon, fidèle à l’accord passé entre toutes les familles, elle refuse dignement de répondre favorablement à cette demande et affirme sa volonté de garder publique les débats.

Le visage espiègle de Natacha apparaît alors sur l’écran géant : Natacha avec sa petite sœur, Natacha soufflant ses dernières bougies, Natacha déguisée faisant le pitre, Natacha songeuse au bord de mer.
Moments joyeux, moments de vie, la vie trop courte de Natacha en quelques images.
A la barre, la maman de Natacha n’a pas la force de parler de sa fille. C’est Davina, de18 mois sa cadette, qui soutenue par une parente, raconte ses souvenirs, des anecdotes joyeuses, puis retrace avec émotion sa sœur qu’elle ne quittait jamais et regrette de ne pas avoir accompagné pour ce retour à la maison afin d’y chercher l’argent oublié par leur maman, lors de course en famille dans une grande surface. C’est sur ce chemin du retour que Natacha rencontre ces bourreaux.
Puis, c’est au tour des amies d’enfance Sabrina et Sandrine de rappeler la jeunesse gaie et à la fois fragile de leur copine Natacha. Leurs témoignages, au travers de leurs yeux d’enfants, émeuvent profondément les parties civiles, les magistrats et les jurés, en particulier lorsque Sandrine se rappelle ce terrible soir où tout bascule : un policier qui sonne à la porte et lui montre la photo de Natacha, le regard plein d’espoir de la maman de Natacha tourné vers elle et cet espoir qu’elle ne peut lui apporter, puis l’annonce de la découverte du corps où tout s’écroule, puis les longues années d’attente avant la découverte du coupable
Michel Fourniret et Monique Olivier écoutent et restent de marbre.

Christine, sœur aînée de 15 ans, relate « la silhouette semblable à sa jeune sœur, qui parle à un inconnu puis monte à l’arrière du Citroën C15, dans lequel elle succombera des mains de Michel Fourniret, quelques heures plus tard ».

A défaut de participation de Michel Fourniret, La monstruosité des faits ressort de la lecture des auditions passées et des précisions de Monique Olivier suite aux questions du président et de l’avocat général.
Le 20 novembre 1990, Michel Fourniret et Monique Olivier passent tous deux devant le Tribunal Correctionnel de Nantes pour une agression contre le premier mari de Monique Olivier, mais ils ressortent libres. Le 21, vers 17 heures, ils se rendent au centre commercial de Reze, là Michel Fourniret aperçoit un « beau petit brin de fille ». Sous prétexte de la quête d’un médecin, il l’aborde, la fait monter dans le C.15 où se trouve pourtant un gros chien et roule sans se soucier de l’adresse du médecin… Le corps de Natacha sera découvert sur la plage quelques jours plus tard. Elle a été poignardée.

Pendant 14 ans, la maman, la famille n’aura de cesse d’essayer de savoir ce qui est arrivé, de comprendre les raisons de cet assassinat. Adhérent de l’APEV dès la disparition de Natacha, ils participeront à de nombreuses réunions de l’association à Paris, rencontrant d’autres familles, et nous faisant part de leur révolte face à une enquête qui n’aboutit à rien, face au magistrat instructeur qui ne les informe pas, ni n’accepte de les recevoir, bafouant le droit élémentaire des parties civiles, le droit à l’information.
Le commandant de police, l’un des premiers enquêteurs saisis dès la disparition, vient expliquer son enquête et rapporte les aveux reçus en juillet 2004. On comprend à travers sa narration ce que Natacha a subit. Pour ce policier, c’est une très longue enquête qui s’est pourtant trouvée brutalement arrêté du fait de son dessaisissement au profit des magistrats de Charleville Mézières auprès desquels tous les dossiers ont été regroupés. Aucune enquête complémentaire n’est ensuite diligentée, on ne saura jamais où Natacha a été tuée, à quel endroit elle a été déposée dans la mer, ni chez qui le couple Fourniret a passé la nuit. Autant de zones d’ombre dans ce dossier, et d’inconnus pour la famille.

Dans tous ces meurtres, quel a été le rôle exact de Monique Olivier ? Comment peut-on envisager, autrement que par une complicité affirmée, la mise à mort de ces jeunes filles ? Tour à tour, les avocats des parties civiles tentent bien de sommer Monique Olivier de s’expliquer sur sa coupable passivité après le premier enlèvement, puis après chaque nouveau crime. Elle se retranche invariablement derrière la peur ! Peur de Michel Fourniret. Peur pour elle et son devenir matériel, peur pour son fils Sélim, « peur générale » ira-t-elle jusqu’à invoquer pour justifier son refus de se soumettre. Mais à aucun moment elle n’a peur pour les victimes, tout au plus aujourd’hui dit elle regretter les faits qui leur sont reprochés.
Et a-t-elle dit tout ce qu’elle savait ? N’y a-t-il pas d’autres victimes, d’autres meurtres ? Ce procès permettra-t-il de lever toutes ces interrogations ?

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