AUTEUR : AFP

Entre 15 et 18 années de réclusion criminelle ont été requises jeudi devant les assises de Paris à l’encontre de Michel Quesne, un ancien agriculteur jugé pour la troisième fois pour des viols de sa fille, commis entre 1984 et 1993, alors qu’elle était âgée de 11 à 20 ans.

Il y a 2 heures

PARIS

« C’est tout ou rien », a prévenu l’avocat général Philippe Bilger, en expliquant aux jurés qu’ils devraient choisir entre une victime affabulatrice, et alors l’acquittement de Michel Quesne, ou « une sanction à la hauteur de la plénitude malfaisante » de l’accusé.

« J’ai pensé un moment à la sanction maximale », de 20 ans de réclusion criminelle, mais « je l’ai écartée », a avoué M. Bilger, car « il y a tout de même une forme de pathologie chez Michel Quesne », qu’il a décrit comme « paranoïaque » et « narcissique ».

Aujourd’hui âgée de 34 ans, Christelle Quesne, devenue Alice Collet pour ne plus porter le nom de son géniteur, a, pour la troisième fois en dix ans, refait devant des jurés le récit des agressions qu’elle dit avoir subies : d’un premier viol à 11 ans, aux masturbations et aux fellations dans les foins, suivis de deux autres viols, plus violents, à l’âge de 18 puis 20 ans.

Mardi, ses frères et soeurs étaient venus témoigner de l’atmosphère lourde et de la violence sourde qui régnait alors à la ferme. « Vous imaginez que c’est un petit commando de menteurs instrumentalisés par leur soeur pour la troisième fois? », a ironisé l’un des avocats de la victime, Me William Bourdon, décrivant un père « despote » et « prédateur ».

Tout comme lors de ses deux premiers procès, Michel Quesne, agriculteur sarthois devenu ambulancier, a nié en bloc.

Une première fois condamné à 16 ans de réclusion criminelle en 1999 par la cour d’assises de la Sarthe, il avait été rejugé en 2006, à la suite d’une intervention de la Cour européenne des droits de l’homme pour procès inéquitable.

La cour d’assises du Maine-et-Loire avait alors alourdi sa peine à 17 ans. Il a fait appel de cette décision.

« Les péripéties procédurales ont fait de cette affaire une affaire absolument singulière », a rappelé l’avocat général, confessant qu’au premier jour du procès, il avait été « curieux judiciairement de rencontrer Michel Quesne ».

Après avoir reconnu avoir éprouvé « un zeste de pitié » pour l’accusé, Philippe Bilger a dressé le portrait d’un homme « violent » et « grossier », à qui il suffisait d’apparaître à la ferme pour que « le silence se fasse et qu’une chappe de plomb s’abatte sur le groupe familial ».

« Il a voulu se faire aimer en lui imposant le pire », a dit l’avocat général, déplorant qu’il ait « presque détruit un être ».

La défense de son côté a mis l’accent sur « l’infaisabilité technique » de certains faits. Ainsi du viol qui aurait été commis le 31 octobre 1993 dans un bois près du Mans et pour lequel Michel Quesne affirme ne pas avoir eu le temps matériel de se rendre sur les lieux du crime à l’heure dite.

Mes Laurent Meilhac et Jean-Marc Florand se basent également sur une expertise gynécologique affirmant que l’état actuel de l’hymen de la victime « n’est pas compatible avec une pénétration complète et violente à l’âge de 11 ans ». Mais surtout, disent-ils, Alice Collet a « une personnalité tellement gravement atteinte sur le plan psychiatrique qu’on ne peut être que sceptique sur ce qu’elle raconte ».

Le verdict est attendu dans la soirée de jeudi.

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