FIONA : LA VÉRITÉ TOUJOURS MÉCONNUE

Fiona, 5 ans, décédée suite aux coups qui auraient été portés par Berkane MAKHLOUF 

Le 12 mai 2013, Cécile BOURGEON, enceinte et mère de deux petites filles, Eva deux ans et demi et Fiona cinq ans, signale la disparition de cette dernière aux services de police. Elle déclare qu’ayant emmené ses deux filles jouer au Parc Montjuzet à Clermont-Ferrand, elle se serait assoupie un quart d’heure et aurait constaté, à son réveil, que Fiona avait disparu. Des recherches intenses débutent alors à proximité du parc, les internautes et citoyens se mobilisent partout en France afin de soutenir la famille et retrouver la petite fille. Le 25 septembre 2013, c’est l’effondrement national : la mère de Fiona, Cécile BOURGEON, avoue que la petite fille n’a pas disparu mais qu’en réalité elle est décédée suite aux coups portés par son compagnon, Berkane MAKHLOUF. Le couple aurait alors caché le corps à proximité du lac d’Aydat, mais aucun des deux suspects ne donne le lieu exact où se trouve Fiona. Pas de corps, pas de funérailles, pas de repos pour la petite fille qui, même décédée, n’a pas droit à la dignité : reposer en paix avec une sépulture que ses tortionnaires refusent de lui octroyer.

La Cour d’assises du Puy-de-Dôme, loin de suivre les réquisitions de l’avocat général qui requérait trente ans de réclusion criminelle pour les deux accusés, condamne Berkane MAKHLOUF à vingt ans de réclusion et acquitte partiellement Cécile BOURGEON en la condamnant à cinq ans d’emprisonnement.

LES FAITS

Cécile BOURGEON est enceinte d’un troisième enfant lorsqu’elle déclare aux services de police la disparition de Fiona. Son compagnon, Berkane MAKHLOUF, ferait preuve d’une grande violence : il battrait sa compagne et menacerait régulièrement le père biologique des deux fillettes, Nicolas CHAFFOULAIS afin qu’il ne puisse pas les voir. Ainsi, après avoir résisté plusieurs mois, Cécile BOURGEON craque et avoue l’impensable : son compagnon, violent envers elle et ses deux filles, aurait tué Fiona. Mais Berkane MAKHLOUF, interrogé lui aussi par les services de police, dément en partie la version donnée par sa compagne : elle aurait, elle aussi, participé aux coups portés à Fiona et l’aurait aidé à cacher le corps. Les deux amants sont alors mis en examen pour violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner, sur mineur de moins de quinze ans, commis par ascendant ou toute autre personne ayant autorité. Berkane MAKHLOUF est condamné à vingt ans de réclusion et Cécile BOURGEON à cinq ans d’emprisonnement. Le Parquet général interjette appel de cette décision. Le procès en appel a eu lieu en octobre 2017.

UNE PREMIERE VERSION  SUSCITANT UNE MOBILISATION NATIONALE

Lorsque Fiona décède suite aux coups prétendument portés par Berkane MAKHLOUF, sa mère, Cécile BOURGEON, décide de ne pas avertir les services de police. Durant plusieurs mois, le couple va faire croire à la disparition de leur fille, provoquant une onde de soutien et d’empathie dans tout le pays. Rassemblements, recherches, création de pages de soutien sur les réseaux sociaux, la France entière se mobilise pour retrouver la petite Fiona, soi-disant disparue le 12 mai 2013 au Parc Montjuzet à Clermont-Ferrand. La mère précise le scénario : elle était avec ses deux filles, Eva et Fiona, au parc, et tandis qu’elle s’est assoupie pendant quinze minutes, à son réveil Fiona avait disparu. Elle donne une description précise de sa fille : blonde aux yeux verts, habillée avec un survêtement « Hello Kitty » et des baskets. En France, chaque parent se met alors à la place de Cécile BOURGEON.

Le 16 mai 2013, la mère de Fiona apparaît dans les médias en lançant un appel au secours afin de retrouver sa fille. Elle apparaît inquiète, triste et réellement émue. Mais les recherches se poursuivent et les enquêteurs ne retrouvent toujours pas la fillette.

LE PASSAGE AUX AVEUX : UNE ONDE DE CHOC

Les 22 et 23 mai 2013, Berkane MAKHLOUF est entendu comme simple témoin dans l’enquête ouverte pour enlèvement et séquestration. Mais peu à peu chez les enquêteurs le doute s’installe. Plusieurs témoins se trouvant dans le parc le jour du prétendu enlèvement disent ne pas avoir vu Cécile BOURGEON et ses enfants. Le couple est placé en garde-à-vue le 24 septembre 2013 et après plusieurs heures d’interrogatoire, le 25 septembre, Cécile BOURGEON craque et avoue le décès de Fiona suite aux coups portés par son compagnon dans la nuit du 11 mai 2013. Berkane MAKHLOUF, de son côté, admet sa culpabilité mais la partage avec sa compagne qui aurait, elle aussi, porté des coups à la petite fille. Le couple aurait ensuite dissimulé le corps en l’enterrant près du lac d’Aydat. Mais le corps, aujourd’hui encore, n’a jamais été retrouvé. Les deux mis en cause sont alors mis en examen pour violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner, infraction accompagnée de deux circonstances aggravantes puisqu’elle est commise sur mineur de moins de quinze ans et par ascendant ou personne ayant autorité.

Plus les enquêteurs avancent dans l’enquête, plus les faits sont macabres : les deux filles, Eva et Fiona, étaient régulièrement battues par Berkane MAKHLOUF tandis que Cécile BOURGEON s’occupait d’en cacher les marques avec du fond de teint et, lorsque ça ne suffisait pas, la petite fille n’allait pas à l’école. Ainsi Fiona était absente de son école depuis le 15 avril 2013, sans que cela n’alerte les services publics.

Une condamnation proportionnée à la gravité des faits?

La cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom, a rendu son verdict le 25 novembre 2016. Tandis que l’avocat général Monsieur Raphaël SANESI De GENTILE, requière trente années de réclusion criminelle pour les deux accusés, une peine de sûreté des deux tiers de la peine prononcée ainsi qu’un suivi socio-judiciaire pour vingt ans, la Cour et le Jury en ont décidé autrement. Ainsi, Berkane MAKHLOUF se voit condamné à vingt ans de réclusion criminelle et Cécile BOURGEON a cinq ans d’emprisonnement, se voyant partiellement acquittée des charges retenues à son encontre. La cour d’assises a néanmoins suivi les réquisitions du Ministère public en termes de période de sûreté (de vingt ans pour Berkane MAKHLOUF) et a retiré l’autorité parentale à Cécile BOURGEON pour les deux enfants restants (Eva et le nouveau-né duquel elle a accouché).

Les deux accusés sont placés en détention provisoire en attendant une décision définitive. Si Cécile BOURGEON a, par trois fois, demandé sa libération, toutes les demandes ont été rejetées. La Chambre de l’instruction a exprimé son refus le 11 janvier 2017, suite à quoi les avocats de la Défense ont saisi la Cour de cassation qui a confirmé la décision de la Chambre le 19 avril 2017. La libération de Cécile BOURGEON paraissant compromise, ses avocats ont tenté un dernier recours : la saisine du Conseil constitutionnel par deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) reposant sur la légitimité de son maintien de détention. Le 31 mars 2017, la Cour de cassation a refusé de transmettre les deux QPC aux Sages.

Le Parquet général interjette appel de la décision de la cour d’assises. Le procès en appel, initialement prévu en juin 2017, a été reporté, sur demande des avocats de la Défense, au mois d’octobre 2017. 

Samedi 29 juillet 2017, dans la soirée, Cécile BOURGEON a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des pilules en grande quantité. Aveu de culpabilité ou détention mal supportée par la détenue ? Toujours est-il que son pronostic vital n’est pas engagé et que la prévenue sera jugée en appel.

Son avocat, Me PORTEJOIE, a présenté une nouvelle demande de mise en liberté ce mardi 8 août 2017. Espérons que le sentimentalisme déclenché suite à cette tentative de suicide n’aboutisse pas à une acceptation de cette demande.

Ci-dessus : Maître GRIMAUD, représentant Innocence en Danger lors du procès

L’IMPLICATION D’INNOCENCE EN DANGER

Innocence en danger s’est constituée partie civile dans le cadre de l’instruction : L’association vient en soutien à l’intérêt des victimes et contribue activement à la recherche de la vérité. En effet, en tant que partie civile, elle peut, durant l’instruction, réaliser des demandes d’actes devant le juge d’instruction. Il peut s’agir de contre-expertises, compléments d’expertises, audition de témoins, etc… que le juge d’instruction est libre d’accorder ou non.  L’association a réalisé de nombreux appels devant la Chambre de l’instruction, dont l’un a été accompagné par la rédaction d’un mémoire (pour savoir qu’est-ce qu’un mémoire, cliquez ici).

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Où en est l’affaire ? L’affaire est actuellement devant la cours d’assises du Puy-en-Velay pour le procès en appel.

Avocate d’Innocence en Danger : Maître Marie GRIMAUD (retrouvez son interview ici)

Avocat général lors du procès de première instance : Maitre Raphaël SANESI De GENTILE



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